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Atlas de la Chine, Une puissance sous tension

Paris, Autrement, 3e édition, 2015, 96 pages

La Chine ne connaît plus seulement des mutations accélérées. Elle est aussi devenue une des principales puissances mondiales sur les plans économique et politique. Comprendre l’actualité chinoise exige dorénavant de lier pleinement les défis internes de ce pays-continent à son rôle dans un espace globalisé et interdépendant. Plus nettement que les autres grands pays émergents comme le Brésil ou l’Union indienne, le pôle qu’elle représente participe fortement des équilibres commerciaux, financiers, diplomatiques, militaires, à l’échelle du monde. Les acteurs et les intérêts que la Chine comprend désormais sont également extrêmement divers. Si le Parti communiste reste autoritaire et largement maître de la donne économique, il faut souligner l’émergence de nouveaux pouvoirs comme les grands groupes chinois, les métropoles continentales, l’opinion publique émergeant avec l’essor d’une classe moyenne et des techniques contemporaines de communication, la montée d’oppositions radicales et violentes, enfin la place qu’occupent les différentes strates de la diaspora chinoise dans le monde. La Chine, hier protégée par des zones à l’ouverture bien délimitée, se trouve aujourd’hui exposée entièrement au processus de globalisation, à ses logiques et à ses défis. Elle est ainsi plus que jamais plurielle, au miroir de ses contradictions internes et de ses influences externes.

Les contradictions sociales d’un pays émergent

Un double mouvement a révélé ces dernières années les mutations profondes auxquelles la Chine a abouti après trente années de réformes. La fin des années 2000 a représenté un tournant en raison de la crise mondiale et en ce qu’elle a été un temps de rupture avec une croissance annuelle à deux chiffres et la prédominance dorénavant claire de défis sociaux, économiques, environnementaux qui ne sont plus issus de la faillite maoïste mais bien des réformes elles-mêmes. Une Chine « post-réformes » doit aujourd’hui répondre aux inégalités et frustrations sociales, à l’affairisme des autorités, aux disparités régionales, aux dégâts environnementaux et risques sanitaires nés de l’essor économique à tout prix, qui a été le contrat tacite à la fin des années 1970 entre les populations et le régime pour son maintien au pouvoir. L’autre mouvement tient dans l’urbanisation du pays. Sans que l’on puisse – loin de là, au regard des valeurs absolues – parler d’une « fin des paysans », la Chine est devenue majoritairement urbaine. Les stratégies de développement et les valeurs de la modernité s’organisent désormais à partir du monde de la ville. La classe moyenne urbaine s’individualise progressivement avec l’accession à la propriété, la tertiarisation des activités et la montée en qualification d’une part croissante des jeunes générations. Ces populations défendent aujourd’hui des intérêts concrets, comme leur bien immobilier, leurs loisirs, leurs droits à la santé et à l’expression légitime de leurs revendications. Les ferments d’un nouvel équilibre avec le régime en place sont ainsi à l’œuvre – et ne se contenteront certainement pas des slogans d’une société « harmonieuse » ni de la très officielle chasse aux cadres corrompus, déployée au bénéfice des gouvernants actuels.

Tensions territoriales et intégration régionale

Le plus grand défi de la Chine s’inscrit aussi dans la longue durée. L’immensité du territoire induit des disparités de développement que les réformes n’ont fait qu’aggraver. Choix délibéré de Deng Xiaoping, le littoral a été initialement favorisé, afin de constituer des pôles de croissance qui, dans un deuxième temps, devaient diffuser le développement à l’intérieur des terres. Pour autant, le gouvernement chinois a dû très vite organiser les moyens d’une nouvelle intégration nationale de territoires inégalement développés, et diversement peuplés en termes de densité comme sur le plan ethnique. Dès les années 1990, de grands projets d’aménagement du territoire ont été mis en place avec le barrage des Trois Gorges sur l’axe fluvial du Yangzi, puis le lancement de la politique de développement de l’Ouest. Dans les années 2000, l’accent a porté sur les infrastructures ferroviaires à grande vitesse et la composition de grands pôles urbains d’échelle nationale. Aujourd’hui, l’organisation de l’espace chinois prend en compte une nouvelle échelle de niveaux régional et continental, grâce aux liaisons avec les pays voisins et surtout la création d’une ligne transcontinentale depuis la côte à Lianyungang jusqu’à Rotterdam et Anvers via le Kazakhstan, la Russie et l’Allemagne. La Chine entend ainsi recréer une route terrestre de la Soie, et se donne les moyens d’éviter les dépendances maritimes du détroit de Malacca pour le transport de ses marchandises.

De l’essor économique au rang d’acteur mondial

Le rayonnement de la Chine change bien d’échelle. Elle a rapidement repris une place centrale en Asie grâce à son essor commercial, sa situation géopolitique, ses capacités désormais financières et sa modernisation militaire. Le Japon ou l’Inde n’ont pas autant d’atouts réunis en leurs mains. Ces quinze dernières années, la Chine s’est surtout imposée comme un grand mondial par sa quête de ressources minières et énergétiques indispensables à sa croissance, sa captation de marchés dans des secteurs très variés, ses investissements et rachats industriels, ainsi que les vagues de mobilité réactivées depuis le Continent, vers l’ensemble des pays du monde. La participation diplomatique et parfois militaire de Pékin aux enjeux internationaux s’accompagne aussi d’une stratégie de rayonnement culturel, dont les instituts Confucius sont les agents les plus visibles. La Chine acquiert ainsi tous les attributs de la puissance de l’économie « en dur » comme du « soft power ». Elle devient un partenaire décisif et casse, plus que tout autre, une lecture Nord-Sud. Par là-même, en changeant, elle nous change aussi et participe pleinement de notre futur.