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La Chine, la modernisation encadrée d’un territoire global

GéoConfluences, février 2016

Comprendre la Chine actuelle, c’est rechercher derrière la continuelle opacité du monde des pouvoirs comment se nouent les rapports du politique et de l’économique dans les dynamiques de modernisation économique et sociale.

Le régime politique chinois n’est certes plus totalitaire – s’immisçant jusque dans la vie privée de ces citoyens –, mais il reste largement autoritaire, verrouillant les questions « patriotiques » et sécuritaires, contrôlant tout débat de nature revendicative ou même interrogative sur des questions devenues essentielles comme la pollution urbaine. L’un des nœuds majeurs du défi chinois en interne – et peut-être l’une de ses forces en externe – est le rôle toujours prégnant du politique dans l’économique, hier directement, aujourd’hui plus indirectement après la « privatisation », notamment dans les secteurs productif et commercial, d’un bon nombre d’entreprises collectives et publiques – mais dont l’autorité administrative ou l’une de ses structures affidées peuvent rester l’actionnaire principal. La politique officielle de l’actuel Président Xi Jinping de lutte contre la corruption et de mise au pas des autorités locales ne fait que souligner cette continuelle opacité du monde des pouvoirs en Chine continentale. Les crises boursières à répétition, sonnant le glas des Trente Glorieuses ébranlées lors de la crise de 2008, n’en sont que les indices, provoquant toutefois des soubresauts d’amplitude désormais mondiale. L’autre face de ce Janus économique, la plus connue à l’extérieur parce que nous en sommes devenus solidaires mais certainement aux yeux de Pékin moins impérative au vu des difficultés intérieures actuelles, est en effet la place d’acteur mondial que son émergence économique, géopolitique et culturelle à l’échelle de la planète lui a offerte.

Pour autant, une autre vision de l’État chinois est également possible, et s’impose progressivement avec les champs récemment ouverts et l’approfondissement des recherches sur ce pays. Comprendre la Chine exige aussi de savoir pourquoi « ça marche », comment une urbanisation devenue majoritaire, l’apparition d’un classe moyenne et le développement d’une société de loisirs pour un grand nombre ont pu se faire jour, quelle est la part de l’autorité publique dans les dynamiques de modernisation économique et sociale. Si la Chine doit aujourd’hui faire face à des défis, des mécontentements voire des révoltes issus des réformes elles-mêmes, si elle est engagée dans un temps de « post-réformes », autant remonter aux origines du développement et aux projets de modernisation portés par les acteurs publics et privés, aux différents échelons de l’État, et souligner la multiplicité des stratégies, enjeux et intérêts des différentes instances intra-étatiques : l’État local reste un acteur décisif en positif comme en négatif - à la fois favorisant la croissance de son territoire et négligeant souvent les conséquences sociales et environnementales de cette même croissance -, quand l’État central se pose en réformateur, en aménageur à l’échelle du pays, voire en garant des valeurs d’équité et de « civilisation » - parfaits instruments en retour de son omniprésence autoritaire auprès non seulement des citoyens mais aussi des cadres locaux.

Enfin, une autre dimension doit être soulignée en ce début de XXIe siècle. Le temps n’est plus à l’ouverture – les années 1980 –, ni même à la diffusion du développement vers l’intérieur à travers un aménagement du territoire national – les années 1990 et 2000. La Chine aménage aujourd’hui son territoire à une autre échelle que lui-même. Les routes de la soie, et notamment les routes terrestres destinées à relier la Chine à l’Asie centrale, la Russie et l’Europe occidentale, donnent la mesure d’une géoéconomie chinoise d’échelle dorénavant globale. Pékin, pilote et pivot d’un territoire mieux que national ou même continental, d’un territoire globalisé, consacre une extraversion prudemment choisie hier, pleinement assumée aujourd’hui.

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