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Thème 3.2 Géopolitique des ressources du local au global

Nos recherches actualiseront les lectures désormais classiques de la manière dont l’accès aux ressources exprime les relations de pouvoir, au niveau des États et des grandes entreprises, constituant à la fois un reflet et une matrice des inégalités du développement (Gottmann, 1952 [1] ; Klare, 2002 [2]). Elles prendront en compte l’influence du contexte du début du XXIe siècle, marqué par l’émergence de nouveaux pôles de l’économie-monde et par celle d’acteurs transnationaux – ONG, entreprises, mouvements sociaux (Gabriel-Oyhamburu, 2010 [3] ; Magrin et Perrier-Bruslé, 2011 [4]). Course aux ressources minérales ou aux terres et influence du changement climatique redéfinissent les rapports de force entre acteurs mondiaux et entre acteurs locaux et acteurs mondiaux. On pourra alors contribuer, de façon critique, au débat sur la « malédiction des ressources naturelles » dans les États dotés d’institutions fragiles (Rosser, 2006 [5]). L’hypothèse selon laquelle l’élargissement de la gamme des ressources exploitées et les nouvelles régulations ouvrent des espaces de bifurcation aux systèmes sociopolitiques rentiers qui bloquaient jusque-là tout potentiel de développement (Magrin, 2011) [6] méritera d’être explorée plus avant. Certains de nos travaux pourront aussi s’inscrire dans la perspective d’une géopolitique critique, prenant en compte, outre les jeux de pouvoir autour de la ressource, les discours, représentations et stratégies des acteurs impliqués dans leur gestion (Dalby et O’Tuathail, 1998 [7]).

Nos recherches aborderont des objets variés. Elles s’intéressent aux conflits et aux modes de coopération autour de la gestion des ressources, ainsi qu’aux recompositions territoriales associées, à différentes échelles : évolution des relations internationales, intégrations régionales ou dynamiques locales. Ces recompositions affectent des arènes complexifiées par leur interaction avec la sphère mondialisée (essor des revendications locales et des ONG, décentralisations, circulations de modèles de revendication d’un Sud à l’autre ; entreprises très différentes avec des stratégies variées d’insertion territoriale). L’analyse des conflits autour des ressources amène à démêler un écheveau dans lequel la nature des ressources compte (Le Billon, 2005 [8]), de même que la manière dont sont intriqués les facteurs locaux et les jeux d’acteurs nationaux et mondiaux. Les positions de domination à l’endroit des ressources suscitent des résistances (programme Pics Aspiration aux droits). Le contrôle des ressources nourrit également des conflits entre acteurs locaux au sein d’un même État (Howitt, 2001 [9]). Enfin, la ressource peut être aussi source d’intégration à l’échelle macro-régionale (programme EsponTiger), la coopération passant alors par le partage de normes (cf. sous-thème 3).

L’époque voit aussi le renouveau de politiques publiques de gestion des ressources (foncier, agriculture, aménagement du territoire, décentralisation, aménagement hydraulique, biodiversité), qui ont des implications importantes pour le développement. La hausse des cours des matières premières rouvre un cycle de nationalisme extractif qui investit le champ de la construction territoriale, non sans contradictions entre stratégies d’État et logiques locales (Perrier-Bruslé, 2012 [10]). Plusieurs chercheurs abordent la perspective de l’hydropolitique – les enjeux politiques sous-tendant l’aménagement des grands bassins fluviaux –, en étudiant les relations entre États pour la gestion de ressources partagées, mais aussi les tensions et conflits entre amont et aval, usages et utilisateurs (Raison et Magrin, 2009 [11]). D’autres, à travers notamment le PPR Polmaf, s’intéressent au foncier, contrainte majeure du développement agricole dans l’Afrique sub-saharienne contemporaine, et qui cristallise partout des tensions fortes entre exploitants nationaux divers, investissements internationaux et tentatives de régulation publique (Chaléard et Mesclier, 2010 [12]).


[1] Gottmann J., 1952, La politique des États et leur géographie, Paris, CTHS, 261 p.

[2] Klare M.T., 2002, Resource Wars : theNew landscape of Global Conflict, New York, Henry Holt.

[3] Gabriel-Oyhamburu K., 2010, Le retour d’une géopolitique des ressources ?, L’Espace Politique, 12 (3).

[4] MAGRIN G., PERRIER-BRUSLE L., 2011, « Nouvelles géographies des activités extractives », EchoGéo, 17.

[5] Rosser A., 2006, « The Political Economy of the Resource Curse : A Literature Survey », IDS Working paper n°268, Centre for the Future State, 34 p.

[6] MAGRIN G., 2011, Des rentes aux territoires. Contribution pour une géographie du développement en Afrique, Habilitation à diriger des recherches, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne.

[7] Dalby S., O’Tuathail G. (eds.), 1998, Rethinking Geopolitics, New-York, Routledge.

[8] Le Billon Ph., 2005, The Geopolitics of Ressource Wars, Frank Cass, London.

[9] Howitt R., 2001, Rethinking resource management : justice, sustainability and indigenous peoples, London, Routledge.

[10] PERRIER-BRUSLE L., 2012, « Le conflit du Tipnis et la Bolivie d’Evo Morales face à ses contradictions : analyse d’un conflit socio-environnemental », EchoGéo.

[11] Raison J.P., MAGRIN G. (dir.), 2009, Des fleuves entre conflits et compromis. Essais d’hydropolitique africaine, Paris, Karthala, 299 p.

[12] CHALÉARD J.-L., MESCLIER É. (dir.), 2010, « Territoires et recompositions foncières dans les pays du Sud », Annales de géographie, 676, novembre/décembre, p. 585-709.