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Thème 3 - Géographie politique des ressources

Les chercheurs situent leur approche à l’intersection d’une géographie des pouvoirs et de disciplines étudiant l’environnement en tant que construction sociale et politique. La notion de ressource, considérée comme produit des relations politiques établies entre les acteurs d’une part, et entre les acteurs et le monde matériel d’autre part (Zimmermann, 1933 [1] ; Raffestin, 1980 [2]), permet d’analyser la relation entre développement et environnement. Le contexte mondial est caractérisé par des tensions et des incertitudes concernant le contrôle et la protection des ressources de l’environnement, tandis que la montée en puissance des pays émergents nourrit la demande et redistribue les cartes de l’accès à ces ressources, en lien avec une lente transition énergétique mue par le changement global. Dans ces conditions, l’étude des formes d’accès aux ressources, de leurs usages et des régulations marchandes et sociétales qui les codifient, reflète les nouveaux rapports de pouvoir tout en éclairant les trajectoires du développement. Cette analyse implique de comprendre les représentations dont les ressources font l’objet et les valeurs dont les sociétés les investissent. En nous centrant sur ce qui « fait ressource » pour les sociétés, il est possible d’apporter des éclairages originaux sur des mutations territoriales et environnementales majeures et de mesurer les capacités des sociétés à en contrôler les effets, donc à maîtriser leur processus de développement.

Les chercheurs de Prodig appliqueront cette lecture des ressources à des objets variés situés dans les Suds et parfois dans les Nords, à l’interface entre ensembles géographiques : Nord-Sud, pays émergents-PMA (Pays les moins avancés), Asie centrale ou Europe orientale-Europe de l’Ouest. Ils s’intéresseront aux ressources naturelles terrestres ou maritimes et au foncier, ainsi qu’aux stratégies des différents acteurs concernés – étatiques ou non – et à leurs relations. Ils étudieront les réseaux construits pour les transporter et les solidarités qui en découlent, par exemple entre l’Asie Centrale et l’Europe, ou en Afrique centrale. Ils s’intéresseront aussi aux configurations territoriales associées à l’exploitation ou à la protection de ces ressources, interrogeant leur effet sur la fragmentation ou au contraire la formation de territoires, notamment au travers de la notion d’enclave (Antheaume et Giraut 2005 [3] ; Ferguson, 2006 [4]).

Nous nous situons à l’articulation de trois principales approches. Tout d’abord, nous procédons à une actualisation des lectures géopolitiques classiques des rapports de pouvoir sur les territoires, tenant compte de la multi-polarisation du monde, de la multiplication des acteurs concernés par les ressources, de l’influence du changement global et de la transition énergétique sur leurs modes d’exploitation ou de protection. Nous nous inscrivons également dans des approches critiques, à travers la Critical Geopolitics ou la Political Ecology (Peet et al., 2010) [5]. Cette dernière analyse les politiques environnementales comme instruments de rapports de force et de contrôle territorial, ou encore les dispositifs de formalisation et de caractérisation du milieu biophysique (cartographie, géomatique, modélisations participatives) dans leur dimension politique. Enfin, interdisciplinaire et fortement marquée par la géographie, notre approche croise sciences du vivant (écologie, agronomie) et sciences sociales (économie, droit, sociologie, sciences politiques). L’objet « ressource » conduit aussi à mettre en œuvre une démarche d’analyse multi-scalaire, dans la mesure où les processus étudiés mettent en relation des acteurs situés à différents niveaux d’échelle, depuis le niveau local jusqu’au niveau global, en passant par celui, toujours central, des États. Ces relations expriment la confrontation de logiques spatiales différentes, opposant par exemple les logiques réticulaires d’acteurs mondialisés souhaitant mettre en circulation les ressources nécessaires à leur puissance à celles visant à inscrire le contrôle des ressources dans un projet de construction de territoire.


[1] Zimmermann E.W., 1933, World resources and industries : A functional appraisal of the availability of agricultural and industrial resources, New York, Harper & Brothers.

[2] Raffestin C., 1980, Pour une géographie du pouvoir, Paris, Librairies techniques, 249 p.

[3] Antheaume B., Giraut F. (dir.), 2005. Le territoire est mort, vive les territoires ! Une (re)fabrication au nom du développement, Paris, IRD Éditions, 384 p.

[4] Ferguson J., 2006, Global shadows. Africa in the neoliberal World Order, Durham and London, Duke University Press, 257 p.

[5] Peet R., Robbins P., Watts M. (eds.), 2010, Global Political Ecology, Routledge, 464 p.